Radouan Bachiri acteur économique et expert en relations internationales : « L’Europe est consciente que le Maroc est l’un de ses meilleurs partenaires stratégiques »
By
admin on 28 février 2024
En plus d’un demi-siècle, le lien du Maroc avec l’Union européenne a évolué, se heurtant parfois à des défis. La récente aide financière européenne, soutien crucial suite au séisme d’Al Haouz, souligne la force de ce partenariat, axé sur des défis partagés tels que le développement économique, la migration et le changement climatique.
Mais l’influence du Maroc va plus loin sur la scène mondiale, comme en témoigne son élection à la présidence du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Cette reconnaissance internationale reflète les réformes promues par le Royaume en matière de droits de l’homme, consolidant sa position multilatérale et discréditant les allégations infondées.
Dans ce contexte dynamique, Redouan Bachiri, acteur économique et expert en relations internationales, apporte dans un entretien exclusif à « Marruecom.com » sa vision pénétrante, apportant un regard profond et enrichissant sur les défis et opportunités qui caractérisent l’intersection du Maroc avec le L’Union européenne et la scène internationale. Il présente son point de vue critique sur le manque d’institutionnalisation du rôle de la diaspora, soulevant d’importantes questions sur sa reconnaissance et sa participation politique.
Q : En tant qu’expert en relations internationales, comment évaluez-vous les relations actuelles et futures entre le Maroc et l’UE au milieu des changements stratégiques survenus en Afrique, en Europe et au Moyen-Orient ?
R : Le Maroc et l’Union européenne entretiennent des relations depuis plus d’un demi-siècle. Au fil des années, les fondations de ce partenariat se sont renforcées, malgré quelques petits obstacles ponctuels. Un exemple en est l’adoption récente d’une aide d’appui budgétaire (177 millions d’euros), par la Commission européenne, pour soutenir le programme de reconstruction (2024/2028), préparé par les autorités marocaines, suite au tremblement de terre d’Al Haouz.
Depuis l’arrivée du roi Mohammed VI sur le trône, le pays a adopté une politique claire, qui a débuté par la constitutionnalisation du Conseil national des droits de l’homme et la résolution des cas les plus graves, liés aux violations de l’État de droit.
Le lien entre l’Europe et le Royaume se concentre donc sur des défis communs, tels que le développement économique, la migration, la sécurité, l’innovation, le changement climatique et la bonne gouvernance. En effet, depuis 2004, ils ont établi une étroite collaboration en matière de migration, obtenant des résultats positifs dans la gestion des frontières. En outre, en 2022, ils ont négocié un nouveau programme d’appui budgétaire dans le même domaine, doté d’une allocation de 152 millions d’euros pour une période de quatre ans. La même année, ils ont également consolidé leur coopération en matière de protection de l’environnement et de lutte contre le changement climatique, avec le lancement du premier partenariat vert que l’Union européenne signe avec un pays associé.
En revanche, même si en 2020, le commerce a connu une diminution en raison de la pandémie, il s’est ensuite amélioré de 23% en 2021, par rapport à l’année précédente et d’environ 10%, par rapport à l’année précédant la crise pandémique. Ainsi, l’Union européenne reste le principal fournisseur et client du Maroc.
Il convient également de souligner que la nouvelle dynamique dans les relations entre les deux parties s’inscrit dans la mise en œuvre de la déclaration politique commune, adoptée en 2009, qui a consolidé la confiance mutuelle, les intérêts et les valeurs communs. En ce sens, l’Europe est bien consciente que le Maroc est l’un des meilleurs partenaires stratégiques, après avoir accumulé les succès dans divers domaines (sécurité, innovation, sport et droits de l’homme…).
Malheureusement, je dois aussi dire que l’année dernière, les relations ont été affectées par de fausses accusations, principalement dans le cadre des allégations d’écoutes téléphoniques et de l’affaire Qatargate. Cependant, ces malentendus occasionnels n’ont pas affecté les solides partenariats commerciaux. Je considère que c’est une chose du passé et que l’avenir sera meilleur dans les mois à venir, après les changements qui se produiront dans les institutions européennes, après les élections prévues pour juin 2024.
Q : Comment voyez-vous l’élection du Maroc à la présidence du CDH de l’ONU ?
R : Depuis l’arrivée du Roi Mohammed VI sur le trône, le pays a adopté une politique claire, qui a débuté par la constitutionnalisation du Conseil national des droits de l’homme et la résolution des cas les plus graves, liés aux violations de l’État de droit. Les deux initiatives précédentes ont permis de renforcer le statut constitutionnel des droits et libertés.
Ainsi, la présidence du CDH présente une reconnaissance internationale des réformes entreprises par le Maroc dans le domaine des droits de l’homme, notamment depuis l’adoption de la Constitution de 2011. C’est une reconnaissance de la place qu’il occupe dans la sphère multilatérale, confie-t-il.
D’autre part, en plus d’être un signe de confiance, il donne encore plus de crédit à la diplomatie marocaine et à sa politique étrangère, niant avec force l’argument avancé par l’Algérie, qui affirmait que le Maroc n’avait pas ratifié la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. .
Q : Le Maroc accueillera la Coupe d’Afrique en 2025 et la Coupe du monde en 2030 avec l’Espagne et le Portugal. Pensez-vous que le pays est capable d’organiser ces deux événements très importants ?
R : Le Maroc est un pays qui a accumulé une expérience significative dans l’organisation d’événements internationaux. La plus récente a eu lieu en octobre 2023 à Marrakech, lorsqu’elle a accueilli les « Assemblées annuelles du Groupe de la Banque mondiale et du FMI », marquant leur retour sur le continent africain, après 50 ans. En effet, j’ai personnellement participé à ce « méga-événement » et j’ai pu confirmer l’excellente organisation et le professionnalisme des Marocains. Par conséquent, être à l’avant-garde de cet immense événement sportif international est la continuation du prestige acquis après l’exploit historique de l’équipe nationale lors de la Coupe du monde au Qatar.
Dans cette optique, le leadership du pays en tant qu’hôte, accomplissant un bon travail diplomatique et maintenant la sécurité dans la région, renforcera la confiance mondiale dans le Royaume et dans sa capacité à gérer davantage d’événements. En outre, cela constituera également une incitation importante aux efforts visant à résoudre les conflits et les crises politiques dans la région.
Le travail réalisé par cette importante communauté est motivé par le sentiment inné d’appartenance à la patrie et le désir passionné de contribuer spontanément au développement du pays.
Sans aucun doute, il faut ajouter que l’organisation de la Coupe du monde aura un impact considérable sur le développement local et national, en favorisant la mise en œuvre de réformes économiques et sociales et en stimulant encore plus les investissements dans le pays.
Q : Pensez-vous que les Marocains résidant à l’étranger jouent un rôle important dans la défense des causes nationales ?
R : Il n’y a aucun doute sur le poids et l’importance du rôle central que joue la communauté marocaine hors des frontières de son pays, dans divers domaines. L’un des aspects les plus importants est la défense des questions cruciales pour sa nation, parmi lesquelles se distingue la question du Sahara marocain. Par ailleurs, on ne peut ignorer son rôle d’activation de l’économie en attirant les investissements étrangers et en allouant des budgets considérables en devises.
Cependant, la ou les questions qui se posent sont celles-ci : l’effort de la communauté marocaine est-il institutionnalisé selon une stratégie bien définie par les organisations diplomatiques à l’étranger, ainsi que par les constitutionnelles qui veillent aux intérêts des MRE ? Ma réponse est non, catégoriquement non. Le travail réalisé par cette importante communauté est motivé par le sentiment inné d’appartenance à la patrie et le désir passionné de contribuer spontanément au développement du pays. Ces initiatives autonomes, dans leur ensemble, se heurtent souvent à l’indifférence et au manque de reconnaissance de la part des responsables en général, malgré la reconnaissance du Roi, qui appelle habituellement à la prise en compte de toutes les questions liées aux MRE.
Face à cette situation, l’indignation d’une grande partie des Marocains du monde apparaît, en raison de la négligence des gouvernements successifs, du non-respect des dispositions de l’article 17 de la Constitution, qui leur accorde le plein droit de se présenter, de voter aux élections et obtenir un siège dans les institutions législatives. Il doit y avoir une réciprocité dans la relation des MRE avec leur nation.
Interviewé par : Najmi Abdelkhalek