Hassan Alaoui : Une Plume d’Or au Service du Journalisme Marocain
Par Mustapha BELKTIBIA
Hassan Alaoui est, sans la moindre exagération, l’une des plumes les plus prestigieuses et les plus influentes du Maroc. Sa carrière, qui s’étend sur plus d’un demi-siècle, a fait de lui une véritable école vivante du journalisme : une écriture où l’élégance de la forme se marie à la profondeur du fond, et où la noblesse du mot demeure souveraine.
Né à Azrou, près d’Ifrane, il fit ses études au collège berbère, devenu plus tard le lycée Tarek Ibn Ziyad. Sa jeunesse fut marquée par ses visites hebdomadaires à un monastère édifié par des moines français en 1930, doté d’une bibliothèque ouverte aux jeunes. C’est là qu’en 1964, encore élève, il croisa deux figures majeures : Hubert Beuve-Méry, fondateur du Monde, et Jean Lacouture, journaliste de renom. Cette rencontre fut décisive : il tomba amoureux de la presse et se mit à lire, puis à mémoriser, les éditoriaux du Monde.
En 1968, il s’installa en France, visita la rédaction du Monde et intégra l’École de journalisme de Lille, dont il sortit diplômé en 1975. Sans bourse, il finança ses études par ses propres efforts, alternant théorie et pratique, et complétant sa formation par un stage au Monde. Il rejoignit ensuite le service international du journal, couvrant des événements majeurs tels que la chute du président Nixon et la guerre d’Octobre.
Il poursuivit ses études à l’École des hautes études en sciences sociales de Paris, sous la direction de Jacques Berque, et y rencontra Michel Foucault, qui lui ouvrit les portes d’une lecture critique du monde. Depuis, le livre est devenu son refuge quotidien : il lit deux à trois ouvrages par semaine.
En 1975, dans le contexte de la Marche verte, Hassan Alaoui revint au Maroc à l’invitation de Moulay Ahmed Alaoui, pour rejoindre le groupe Maroc Soir comme rédacteur en chef (1976-1979). Fidèle à cette maison, il considéra sa relation avec Le Matin comme une véritable histoire d’amour et une raison d’être.
Il dirigea longtemps la rédaction de Maroc Soir et de Le Matin, tout en signant des éditoriaux marqués par la rigueur analytique et le souffle littéraire. Collaborateur de plusieurs titres, il affirma que le journalisme n’était pas une fonction, mais une mission nationale et humaine.
En décembre 2004, il reçut la Légion d’honneur française, sur proposition du président Jacques Chirac, devenant le seul journaliste francophone étranger à obtenir cette distinction. Pourtant, il resta humble, fidèle à ses principes, toujours souriant, prodiguant ses conseils aux jeunes journalistes avec la bienveillance d’un maître.
Auteur de plusieurs ouvrages, il publia notamment Guerre secrète au Sahara occidental, référence incontournable pour comprendre l’un des dossiers régionaux les plus complexes. Ses écrits traduisent sa conviction que le journaliste doit être à la fois historien de l’instant et penseur des enjeux du pays et de l’humanité.
Malgré son immense expérience, Hassan Alaoui confesse avec modestie l’angoisse de la page blanche, semblable au trac de l’artiste avant la scène. Il écrit selon un plan précis, relit trois fois ses textes avant de les signer, et répète : « Il n’existe pas de grands journalistes, mais de grands journaux. »
Au-delà de son parcours au sein du groupe Maroc Soir et de Le Matin, il fonda Maroc Diplomatique, devenu aujourd’hui l’un des principaux médias francophones du pays. Ce magazine incarne sa vision d’une presse raffinée, conjuguant analyse politique et diplomatique, culture et économie, pour porter la voix du Maroc dans son environnement régional et international.
La trajectoire de Hassan Alaoui dépasse la biographie personnelle : elle s’inscrit dans l’histoire du journalisme marocain. Elle est une invitation à redonner toute sa valeur à la parole sincère et à célébrer le journaliste qui écrit avec conscience, convaincu que la presse est le miroir de la nation et la voix du citoyen.
Mustapha BELKTIBIA

